Le présent guide a été rédigé par Mallorie Pottier, et révisé par Anna Baydova et Rémi Jimenes. Il a pour fonction d’expliciter les principes qui président à l’indexation des matériels d’imprimerie dans la Base de Typographie de la Renaissance (BaTyR) afin de faciliter les recherches et les consultations.
BaTyR : présentation
La Base de Typographie de la Renaissance regroupe des informations relatives à l’histoire des matériels d’imprimerie (caractères et décor gravé) utilisés en Europe entre le XVe et le XVIIe siècle. Elle est le fruit d’un travail de plus de vingt ans réalisé par l’équipe des Bibliothèques Virtuelles Humanistes (BVH), en partenariat avec le Laboratoire d’informatique de l’université de Tours.
En 2023-2026, grâce à un financement de l’Agence nationale de la Recherche obtenu dans le cadre du projet TypoReF (Typographie de la Renaissance Française, 1470-1640), la nouvelle version de la base a pu être développée et publiée. Elle se concentre sur les matériels d’imprimerie employés sur le territoire du royaume de France durant la période 1470-1640. Elle offre un panorama diversifié des réseaux d’imprimeurs et libraires, des tendances iconographiques et de l’évolution des matériels.
BaTyR offre deux principales voies d’accès aux informations qu’elle contient :
- Un accès par formulaire de recherche (décor ou caractère)
- Un accès par index (noms de personnes, descripteurs ornementaux, matériels originaux, archives et documents, etc.)
Le présent manuel a pour vocation de décrire les cas complexes ou ambigus qu’il est possible de rencontrer lors de l’utilisation de la base.
Constitution du corpus : contenu et limites
Un premier corpus de planches gravées a été constitué lors du développement de la première version de BaTyR (2008-2012), notamment par l’extraction automatique des images issues des campagnes de numérisation menées par l’équipe des Bibliothèques Virtuelles Humanistes. Aujourd’hui, l’indexation des matériels dans la base est effectuée à partir des numérisations des bibliothèques publiques qui recourent au protocole International Image Interoperability Framework (IIIF). Gallica, E-rara et MDZ sont les bibliothèques bibliothèques numériques dont le contenu est exploité dans le cadre du projet TypoReF. Les images indexées dans la base ne sont donc généralement pas hébergées directement sur nos serveurs, mais appelées depuis l’extérieur par une URL dont la syntaxe est conforme à la norme IIIF :
{scheme}://{server}{/prefix}/{identifier}/{region}/{size}/{rotation}/{quality}.{format}
Ces numérisations ne couvrent pas l’ensemble de la production des imprimeurs français actifs entre 1470 et 1640. Le projet a pour ambition d’offrir un panorama non exhaustif des matériels d’imprimerie, afin de mettre en évidence des réseaux professionnels, des tendances et des évolutions dans les pratiques des imprimeurs et la forme des livres français. L’accent est alors davantage porté sur la diversité des motifs et des ateliers au sein desquels les matériels sont utilisés. En conséquence, la liste des matériels associés à chaque imprimeur est très incomplète, de même que la chronologie proposée par la liste des occurrences. Il est important de garder ceci en tête, notamment lors de la comparaison d’une planche avec ses potentielles copies en gardant à l’esprit que BaTyR est loin d’offrir un recensement exhaustif des matériels existants.
Rechercher un matériel décoratif
Typologie
Lettrines
Excepté pour les lettres ramistes (I/J, U/V), dont les deux formes (voyelle et consonne) sont déjà renseignées dans la base, une lettrine ne peut être rattachée qu’à une seule lettre. Or, dans de nombreux cas, une même planche est utilisée pour représenter plusieurs lettres :
- De deux alphabets différents, par exemple le V latin et le Λ grec (fig. 1). A noter que les alphabets grec et latin contiennent plusieurs formes de lettres communes, et peuvent donc être concernées par les mêmes lettrines.

- D’un même alphabet, par exemple U/N et Q/D dans les lettres de forme gothique (fig.2), M/W et N/Z pour les romaines (fig. 3). Certains de ces détournements sont parfois flagrants : la figure 4 montre ainsi une L, clairement identifiable, pourtant régulièrement employée par Pierre Vidoue en guise de I majuscule, et ce dans plusieurs publications.



Dans tous ces cas, l’indexation se fait en théorie selon la lettre représentée à l’origine (et non selon l’usage constaté). Mais , dans le cas de recherche d’une planche précise, des multiples requêtes peuvent donc parfois s’avérer utiles.
Fleuron / cul-de-lampe / vignette
La catégorie Fleuron/cul-de-lampe/vignette regroupe les éléments gravés en taille d’épargne et marquant la fin d’un texte (cul-de-lampe) ou placés librement sur la page (vignette). Sont également rassemblés dans cette catégorie les éléments de petit format en fonte, souvent utilisés pour constituer des motifs composites répétitifs. Le cas échéant, c’est la plus petite unité qui est indexée, et non le motif d’ensemble (fig. 5).

Bandeau
Nous appelons Bandeaux les ornements que les imprimeurs de la Renaissance désignaient par le terme Chapiteaux (les spécimens du XIXe siècle parlent parfois de Têtes de chapitres). Il s’agit le plus souvent de planches décoratives de format horizontal (plus longue que haute) utilisées pour marquer le début des différentes sections d’un texte.
Encadrement
L’encadrement monobloc : Il s’agit d’un cadre complet réalisé dans une seule et même planche, et qui entoure un texte en caractères mobiles et/ou une autre planche indépendante.
La partie d’encadrement : Il s’agit de l’une des planches qui forment ensemble un encadrement composite. Chaque planche fait alors l’objet d’une notice individuelle.
Bandeau ou partie d’encadrement ? Limites de ces typologies
Le système d’indexation de la base ne permet d’associer une planche qu’à un seul type. Cette classification stricte ne répond pas toujours aux réalités du livre imprimé, dans lequel un bandeau peut aussi être employé comme une partie d’encadrement et vice-versa. L’indexation de la planche dépend alors le plus souvent de l’utilisation qui en est faite dans la première occurrence répertoriée. L’orientation des motifs (verticale ou horizontale) ainsi qu’une connaissance globale de leur utilisation peut aussi déterminer l’indexation, mais une double recherche bandeau/encadrement peut s’avérer utile pour retrouver certains éléments gravés à l’usage ambigu. Ainsi, la figure 6 montre-t-elle une planche qui représente des arcs, destinée à intégrer un ensemble formant un encadrement à colonnes. Cette planche a donc été indexée comme une partie d’encadrement, bien qu’elle soit aussi utilisée comme bandeau dans d’autres occurrences.


Fond
La description d’une planche comprend le fond, qui peut être uni (blanc ou noir), hachuré ou criblé (c’est-à-dire noir parsemé de points blancs). Dans le cas d’un encrage trop excessif, le criblé peut aisément être confondu avec un fond noir. Le cas échéant, une recherche multiple appliquant différents critères peut faciliter une identification.
Nombre de filets
Est défini comme « filet » un encadrement composé d’un simple trait qui se détache nettement du fonds de l’ornement. Dans le cas des fonds hachurés dont le contour est souligné par un trait plus épais mais non détaché du fond, on considère que l’ornement ne possède aucun filet. Ainsi, selon les critères appliqués dans BaTyR, la lettrine n° 39632 ne possède qu’un seul filet (fig. 7).

Dans le cas des encadrements, on comptera les filets qui se trouvent à l’extérieur et non pas à l’intérieur du cadre. Ainsi, dans la figure 8, l’encadrement monobloc possède un filet simple à l’extérieur et deux filets à l’intérieur, il est donc indexé comme un cadre à un seul filet.

Dimensions du matériel
Dans la plupart des cas, les dimensions sont obtenues à partir de la numérisation des images récoltées, par la conversion des pixels en millimètres, en tenant compte de la résolution de l’image numérique. Nous ne sommes pas en mesure de garantir que la résolution d’image affichée par les bibliothèques numériques utilisées est exacte (même si c’est généralement le cas) et précise. Le détourage de l’image, qu’il soit manuel ou non, n’épouse jamais parfaitement les bords de la planche. De même, le résultat obtenu dépend de la qualité de la numérisation, dont l’angle varie. Une marge d’erreur étant inévitable, ces mesures sont donc signalées sur la notice comme étant incertaines. Le formulaire de recherche comprend toujours un delta d’approximation supposé suffisant pour tenir compte de ces petites variations.
Descripteurs ornementaux
BaTyR associe à chaque planche des descripteurs de nature iconographique. Cet index permet de rassembler les matériels aux motifs communs. Il a pour but de faciliter la recherche et de mettre en valeur des inspirations communes et des tendances visuelles. Il n’est cependant pas exhaustif à ce stade. Les notices récupérées automatiquement de l’ancienne version de la base, qui ne contenait initialement pas de descripteurs, ne sont pas encore traitées dans leur totalité. Un matériel qui n’apparaît pas dans la liste d’un descripteur n’est donc pas nécessairement absent de la base. De plus, cette description n’a pas prétention à l’exhaustivité. A côté de l’identification iconographique précise (ex : « Arbre de Jessé »), on indexera également les motifs centraux dans la composition. Ces descripteurs sont le plus souvent doublés, afin de permettre un référencement plus efficace selon les recherches. Par exemple, la lettrine BaTyR n° 5854 (fig. 9) est associée aux descripteurs « Figure / tête masculine », « Saint / sainte » et « Saint Thomas ».

Groupes
Alphabets
Les lettrines issues d’une même série, cohérente par sa taille, son fond, la forme et la couleur de la lettre, ainsi que son décor, sont rassemblées dans un groupe « Alphabet ».
Compositions similaires
Un groupe « Composition similaire » réunit les planches dont les motifs et leur agencement sont très proches. Il permet alors d’identifier les potentielles copies et facilite la recherche dans la base. Les utilisateurs peuvent d’abord trouver les motifs semblables à ceux qui les intéressent et ensuite, en passant par le groupe, d’identifier la planche précise.
Par exemple, le groupe n°1037 (fig. 10) permet de mettre en parallèle des motifs communs entre Bâle et Lyon.

Utilisé conjointement
Ce type de groupe sert à reconstituer les planches composites destinées à former ensemble un décor unique et il est le plus souvent appliqué aux encadrements. En dehors des occurrences constituées par l’utilisation conjointe de ces planches gravées, on peut également regrouper les parties d’encadrement si elles partagent les éléments de la même composition. Parfois, les séries des encadrements composites sont créées de plusieurs planches interchangeables, auquel cas on réalise le regroupement de toutes les planches de la série.
Par exemple, le groupe n°1437 (fig. 11) rassemble les planches utilisées ensemble dans une ou plusieurs éditions afin de former un encadrement.

Orientation de la planche
Certains éléments décoratifs peuvent être disposés dans plusieurs sens. Deux occurrences à première vue différentes peuvent ainsi être en réalité issues d’une même planche gravée. Ainsi dans la planche BaTyR n° 37000, la lettre se trouve flanquée de deux fleurs très similaires, lui permettant d’être disposée dans les deux sens (fig. 12).
